Quand le diagnostic tombe, la MDPH arrive très vite dans les conversations. Le médecin en parle, l'école en parle, les autres parents en parlent. Et puis on ouvre le formulaire : une vingtaine de pages, des cases partout, des sigles qu'on ne connaît pas. Beaucoup de parents le repoussent pendant des semaines.
Bonne nouvelle : ce dossier se remplit très bien en plusieurs fois, et vous n'avez pas besoin de tout savoir pour le commencer. L'essentiel est de bien décrire la vie réelle de votre enfant. C'est ce que nous allons voir, étape par étape.
La MDPH, c'est quoi exactement ?
La MDPH, c'est la maison départementale des personnes handicapées. Il y en a une par département. C'est le guichet unique pour toutes les demandes liées au handicap, y compris pour un enfant.
Votre dossier est étudié par une équipe de professionnels (l'équipe pluridisciplinaire), puis la décision est prise par une commission : la CDAPH, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. C'est elle qui accorde ou refuse chaque aide demandée.
À savoir : faire un dossier MDPH ne veut pas dire « enfermer » son enfant dans une case. C'est simplement ce qui ouvre l'accès aux aides financières, à l'accompagnement à l'école et à certains services.
Les deux documents obligatoires
Pour une demande, il faut obligatoirement :
- Le formulaire de demande (cerfa n° 15692*01), que vous remplissez vous-mêmes.
- Le certificat médical (cerfa n° 15695*01), rempli par un médecin.
À ces deux documents s'ajoutent les justificatifs : une pièce d'identité de votre enfant et des parents (ou représentants légaux), un justificatif de domicile, et selon les demandes, des justificatifs de ressources.
Vous trouverez le formulaire sur le site de votre MDPH, à l'accueil de la MDPH, ou sur le portail officiel Mon parcours handicap. Dans de nombreux départements, la demande peut aussi se faire en ligne.
Bien préparer le certificat médical
Le certificat médical est la pièce centrale du dossier. Il peut être rempli par le médecin de votre choix : médecin traitant, pédiatre, pédopsychiatre ou médecin d'un centre ressources autisme.
Quelques conseils pour qu'il soit vraiment utile :
- Prenez un rendez-vous dédié, en précisant au secrétariat que c'est pour un certificat MDPH. Remplir ce document prend du temps, et un médecin pressé entre deux consultations risque de rester trop vague.
- Apportez tous les comptes rendus que vous avez : bilan diagnostique, bilans d'orthophonie, de psychomotricité, d'ergothérapie, de psychologue.
- Préparez une liste des difficultés concrètes de votre enfant au quotidien : sommeil, repas, propreté, crises, sécurité, communication. Le médecin ne vit pas avec votre enfant, vous si.
- Dites s'il s'agit d'une première demande ou d'un renouvellement.
Joignez aussi ces bilans au dossier lui-même : ils permettent à l'équipe de la MDPH de comprendre les besoins de votre enfant sans avoir à le rencontrer.
Le formulaire, partie par partie
Le formulaire est organisé en plusieurs parties. Pour un enfant, vous n'aurez pas à toutes les remplir.
Partie A : l'identité
Les informations sur votre enfant et sur ses représentants légaux. C'est aussi ici que vous pouvez signaler une situation urgente, si une décision rapide est nécessaire (par exemple une rentrée scolaire impossible sans accompagnement).
Partie B : la vie quotidienne
C'est la partie la plus importante, et celle qu'on a tendance à minimiser. On y décrit :
- les aides dont votre enfant bénéficie déjà ;
- les dépenses liées à son handicap : séances non remboursées (psychomotricité, ergothérapie, psychologue), matériel sensoriel, casque anti-bruit, outils de communication ;
- ses difficultés dans les gestes du quotidien : s'habiller, se laver, manger, dormir, se déplacer, communiquer, gérer ses émotions ;
- les conséquences sur la vie de la famille.
C'est aussi dans cette partie que se trouve l'espace pour exprimer votre projet de vie, dont on parle juste après.
Partie C : la scolarité
Elle concerne l'école : temps de scolarisation, accompagnements en place (orthophonie, SESSAD, AESH…), et vos demandes éventuelles : accompagnement par une AESH, matériel adapté, aménagements, orientation vers un dispositif spécialisé comme une ULIS ou un IME.
Pour toute demande liée à l'école, la MDPH a besoin du GEVA-Sco, un document qui décrit la situation de votre enfant à l'école :
- pour une première demande, il est rempli par l'équipe éducative de l'école, et c'est vous qui l'envoyez à la MDPH avec le dossier ;
- pour un renouvellement, il est rempli lors de la réunion de suivi (l'équipe de suivi de la scolarisation), et c'est l'enseignant référent qui l'envoie à la MDPH.
Demandez-le à l'école le plus tôt possible : c'est souvent la pièce qui retarde le dossier.
Partie D : la vie professionnelle
Elle ne concerne que les jeunes à partir de 16 ans. Pour un enfant plus jeune, vous pouvez la laisser de côté.
Partie E : le récapitulatif des demandes
C'est ici que vous cochez précisément ce que vous demandez. Cette partie est obligatoire, et c'est elle que la commission regarde pour savoir sur quoi elle doit se prononcer. Une aide qui n'est pas cochée ici ne sera pas étudiée, même si vous en parlez ailleurs dans le dossier.
Partie F : l'aidant familial
Cette partie concerne le parent qui s'occupe de l'enfant. Elle est importante si l'un de vous a réduit ou arrêté son activité professionnelle à cause du handicap de votre enfant, ou si vous faites appel à une tierce personne. Ces éléments comptent pour certaines aides, notamment les compléments de l'AEEH.
Le projet de vie : la partie qui fait la différence
Le projet de vie, appelé « expression des attentes et des besoins » dans le formulaire, n'est pas obligatoire. Mais c'est souvent lui qui permet à l'équipe de la MDPH de vraiment comprendre votre situation. C'est le seul endroit où vous parlez avec vos propres mots.
Pour le rédiger, vous pouvez suivre ces quatre étapes :
- Décrivez le contexte de vie de votre enfant : son âge, sa scolarité, ses suivis, l'organisation de la famille.
- Expliquez ses difficultés au quotidien, avec des exemples concrets. Plutôt que « il a des troubles du sommeil », écrivez « il se réveille trois à quatre fois par nuit et ne se rendort qu'avec l'un de nous ».
- Expliquez les conséquences pour la famille : fatigue, temps de travail réduit, frères et sœurs, trajets vers les séances.
- Faites le lien avec ce que vous demandez. Si vous demandez une AESH, expliquez ce qui se passe en classe sans accompagnement. Si vous demandez un complément d'AEEH, montrez les frais et le temps que vous y consacrez.
Ce que vous pouvez demander pour un enfant autiste
Les demandes les plus fréquentes pour un enfant sont :
- l'AEEH (allocation d'éducation de l'enfant handicapé) et, selon les frais et le temps consacré, un complément d'AEEH ;
- ou la PCH (prestation de compensation du handicap), dans certaines situations, à la place d'un complément d'AEEH ;
- l'accompagnement par une AESH à l'école, du matériel pédagogique adapté, ou une orientation vers un dispositif adapté ;
- l'orientation vers un SESSAD ou un établissement médico-social ;
- la carte mobilité inclusion (CMI), avec la mention invalidité, priorité ou stationnement selon la situation.
Pour l'AEEH, le taux d'incapacité reconnu compte beaucoup : à partir de 80 %, elle est accordée ; entre 50 et 79 %, elle peut l'être si l'enfant a un accompagnement ou des soins particuliers, ou s'il fréquente un dispositif adapté. Les montants et les conditions évoluent régulièrement : vérifiez-les sur la fiche officielle de l'AEEH.
Envoyer le dossier et suivre son traitement
Avant d'envoyer quoi que ce soit :
- photocopiez ou scannez tout le dossier, pièces jointes comprises : vous en aurez besoin pour les renouvellements et en cas de recours ;
- envoyez-le en recommandé avec accusé de réception, ou déposez-le à l'accueil de la MDPH en demandant un récépissé ;
- notez le numéro de dossier qui vous sera attribué : il vous sera demandé à chaque appel.
La MDPH dispose de quatre mois pour se prononcer. Dans les faits, les délais varient beaucoup d'un département à l'autre. Si vous n'avez aucune réponse au bout de quatre mois, cette absence de réponse vaut refus, ce qui vous permet de faire un recours.
Avant la décision, la MDPH vous envoie en général une proposition, appelée plan personnalisé de compensation. Vous avez alors quinze jours pour faire part de vos remarques par écrit. Lisez-la attentivement : c'est le moment de corriger un oubli ou un malentendu. Vous pouvez aussi demander à être entendus par la commission.
Et si la décision ne vous convient pas ?
Vous pouvez la contester. Avant de saisir le tribunal, il faut obligatoirement faire un recours administratif préalable, adressé à la MDPH, dans les deux mois qui suivent la réception de la décision. Expliquez clairement ce que vous contestez et joignez de nouveaux éléments si vous en avez : un bilan récent, un courrier de l'école, un témoignage.
Si ce recours n'aboutit pas, vous pourrez ensuite saisir le pôle social du tribunal judiciaire. Des associations de familles peuvent vous accompagner dans ces démarches.
Nos derniers conseils de parents
- Ne restez pas seuls : l'assistante sociale de votre secteur, le centre ressources autisme de votre région, les associations de familles et parfois la MDPH elle-même peuvent vous aider à remplir le dossier.
- Remplissez-le en plusieurs fois, partie par partie, plutôt qu'en une soirée.
- Gardez un dossier MDPH à la maison avec tous les originaux, les copies et les courriers reçus.
- Anticipez les renouvellements : déposez la nouvelle demande plusieurs mois avant la fin des droits, pour éviter une interruption.
Vous avez une question précise sur votre dossier ? Posez-la à la communauté : d'autres parents sont passés par là et pourront vous répondre.
Sources : Mon parcours handicap, le portail officiel d'information des personnes handicapées et de leurs proches, et le guide pratique du dossier MDPH du centre ressources autisme, publié par la Maison de l'autisme. Article mis à jour selon les règles en vigueur en octobre 2026.