Communication

Pictogrammes : par où commencer à la maison avec un enfant autiste

Les pictogrammes aident beaucoup d'enfants autistes à comprendre leur journée et à se faire comprendre. Mais par où commencer, quelles images choisir, et comment faire pour qu'ils soient vraiment utilisés ? Voici une méthode simple, testée à la maison.

On vous a sûrement déjà conseillé « d'utiliser des pictogrammes ». C'est un excellent conseil, mais on se retrouve vite devant des centaines d'images, sans savoir lesquelles choisir, où les mettre, ni comment faire pour que son enfant s'en serve.

Bonne nouvelle : il n'est pas nécessaire de tout mettre en place d'un coup. Quelques supports bien choisis, utilisés tous les jours, changent déjà beaucoup de choses.

Pourquoi les aides visuelles aident autant

Beaucoup d'enfants autistes comprennent mieux ce qu'ils voient que ce qu'ils entendent. Une phrase dite à voix haute disparaît aussitôt ; une image, elle, reste là. L'enfant peut la regarder autant de fois qu'il en a besoin, à son rythme.

Les aides visuelles servent à deux choses :

  • comprendre : savoir ce qui va se passer, dans quel ordre, et ce qu'on attend de lui. C'est rassurant, et c'est souvent moins de crises ;
  • s'exprimer : demander, refuser, choisir, dire qu'il a mal, même sans les mots.

La Haute Autorité de santé rappelle que l'amélioration de la communication est un objectif essentiel de l'accompagnement, et que des outils de communication alternative et améliorée (on dit souvent CAA) doivent être proposés quand ils sont utiles.

Objet, photo ou pictogramme ?

Tous les enfants ne sont pas prêts pour les mêmes images. Un pictogramme est un dessin simplifié : pour certains enfants, c'est encore trop abstrait. On peut avancer par étapes :

  1. L'objet réel : montrer la brosse à dents avant d'aller se laver les dents, la serviette avant le bain.
  2. La photo : une photo de vos objets et vos lieux (votre salle de bain, sa propre tasse, l'entrée de son école).
  3. Le pictogramme : un dessin plus général, qu'on peut utiliser partout et que l'école peut reprendre.

Commencez par ce que votre enfant reconnaît déjà sans difficulté. S'il ne réagit pas aux pictogrammes, essayez les photos, ce n'est pas un échec : c'est simplement son point de départ.

Les trois premiers supports à mettre en place

1. Le séquentiel d'une routine

Un séquentiel décompose une activité en petites étapes, dans l'ordre. C'est idéal pour les moments qui posent problème : se laver les mains, aller aux toilettes, s'habiller, se brosser les dents.

Par exemple, pour le lavage des mains : ouvrir le robinet, mouiller les mains, prendre le savon, frotter, rincer, fermer le robinet, s'essuyer. Affichez-le là où l'activité se passe, à hauteur des yeux de votre enfant, et montrez chaque étape en la faisant avec lui.

2. L'emploi du temps de la journée

Une bande verticale ou horizontale montre les grands moments de la journée : petit déjeuner, école, goûter, parc, bain, dîner, dodo. Chaque fois qu'une activité est terminée, l'enfant retire l'image et la range dans une pochette « fini ».

Pour commencer, deux images suffisent souvent : « d'abord » et « ensuite ». « D'abord les chaussures, ensuite le parc. » C'est simple, et c'est déjà très puissant.

3. Le tableau de choix

Proposez deux ou trois images parmi lesquelles votre enfant choisit : deux goûters, deux jeux, deux activités. Il montre ou vous tend l'image de son choix.

C'est souvent le support qui plaît le plus aux enfants, parce qu'il leur donne du pouvoir sur leur quotidien. Et c'est un premier pas vers une vraie communication à l'initiative de l'enfant, pas seulement pour suivre des consignes.

Pensez aussi à quelques images essentielles, toujours accessibles : « aide », « pause », « stop », « j'ai mal ». Un enfant qui peut montrer « pause » a moins besoin de crier pour la demander.

Fabriquer ses supports

Pas besoin d'acheter du matériel coûteux pour commencer :

  • Les images : vos propres photos, ou des pictogrammes issus de banques gratuites. La plus utilisée en France est ARASAAC : ses pictogrammes sont libres pour un usage personnel et non commercial, à condition de citer leur origine.
  • La solidité : imprimez, plastifiez (ou glissez dans une pochette transparente), et collez un petit morceau de velcro au dos. Les images seront manipulées des dizaines de fois par jour.
  • Le support : une bande de carton ou de feutrine avec du velcro, un classeur, une porte de frigo.
  • La taille : assez grande pour être vue de loin, environ 5 à 8 cm de côté pour commencer.

Quelques règles qui simplifient la vie :

  • une image = une idée : évitez les dessins chargés ;
  • toujours la même image pour la même chose, à la maison comme à l'école ;
  • le mot écrit sous l'image, pour que tout le monde dise la même chose, et pour familiariser votre enfant avec l'écrit.

Mettre en place sans se décourager

  • Commencez petit : un seul support, pour une seule routine. Quand il fonctionne, ajoutez-en un autre.
  • Montrez l'exemple : utilisez les images vous-mêmes, en parlant en même temps. « On met les chaussures », en montrant l'image.
  • Soyez réguliers : les aides visuelles marchent quand elles sont utilisées tous les jours, pas seulement les jours difficiles.
  • Toute la famille s'y met : frères et sœurs, grands-parents, baby-sitter. Expliquez-leur en deux minutes comment ça marche.
  • Faites le lien avec l'école : montrez vos supports à l'enseignant et à l'AESH, et demandez à voir les leurs. Les mêmes images partout, c'est beaucoup plus clair pour votre enfant.
  • Laissez du temps : il faut souvent plusieurs semaines avant qu'un enfant s'approprie un support.

Les erreurs fréquentes

  • Trop d'images d'un coup. Un emploi du temps de quinze étapes est illisible pour un enfant qui découvre.
  • Des images trop abstraites pour son niveau. Revenez à la photo si besoin.
  • N'utiliser les images que pour donner des consignes. Les supports doivent aussi servir à votre enfant pour dire ce qu'il veut, ce qu'il aime, ce qui ne va pas.
  • Abandonner trop vite, après quelques jours sans résultat.
  • Changer les images sans cesse. La stabilité fait partie de ce qui rassure.

Et après ?

Quand les premiers supports sont en place, on peut aller plus loin avec l'aide d'un professionnel, notamment un ou une orthophoniste formé à la communication alternative. Il existe des méthodes structurées, comme le PECS, qui apprend à l'enfant à échanger une image contre ce qu'il demande, ou le Makaton, qui associe signes, pictogrammes et parole. Il existe aussi des applications de communication sur tablette.

Ces outils demandent souvent une formation, pour les parents comme pour les professionnels. Parlez-en avec ceux qui suivent votre enfant : ils pourront vous aider à choisir ce qui lui convient.

Vous cherchez un pictogramme précis ou une idée de support pour une routine difficile ? Posez votre question à la communauté : d'autres parents partageront leurs astuces.


Sources : Haute Autorité de santé, Trouble du spectre de l'autisme : ce qu'il est utile de savoir pour accompagner votre enfant (octobre 2026) ; ARASAAC, banque de pictogrammes du gouvernement d'Aragon. Cet article partage des informations générales et notre expérience. Il ne remplace pas l'avis des professionnels qui suivent votre enfant.